Interviews

Interview de Benoît Dorémus à l’occasion de la sortie de « Désolé pour les fantômes »

Bonjour Benoît, 
Tout d’abord, merci de prendre de ton temps pour répondre à mes questions. 
Désolé pour les fantômes est, selon nous, ton album le plus éclectique en termes de sonorités et de thèmes abordés. Est-ce là une volonté de ta part ?

Oui, c’est une volonté de ma part. 
En tant qu’artiste, je cherche toujours à proposer des choses différentes. Désolé pour les fantômes étant mon cinquième album, je voulais surtout ne pas trop me répéter.
Pour moi un album, c’est avant tout des humeurs éclectiques qu’elles soient joyeuses, tristes ou énervées. Tout cela donne un arc-en-ciel de thèmes entraînant ainsi les sonorités qui leur correspondent. Pour une chanson marrante, on ne fait bien évidemment pas les mêmes arrangements que pour une ballade mélancolique. 
Donc, tant mieux si cela donne l’impression d’un album un peu varié, par ce que j’y ai tout particulièrement veillé.

Le morceau le plus surprenant de l’album est sans nul doute possible, Pour une raison quelconque. Comment est né ce titre ?

Durant nos journées, nous sommes tous assaillis de données envoyées pas notre cerveau. Celui-ci nous envoi tour à tour, un souvenir, un truc à faire… Puis tout à coup, on songe à quelqu’un à qui nous n’avions pas pensé depuis longtemps.
Ce sont des pensées automatiques auxquelles nous ne faisons pas vraiment attention. Je me suis donc dit: et si je faisais attention à tout ce que mon cerveau m’envoie pour une raison quelconque ?  
C’est donc de là que m’est venue l’idée de noter durant toute une journée toutes les idées qui me venaient. Pour une raison quelconque, c’est en quelque sorte un petit voyage dans les pensées que l’on ne maîtrise pas et qui nous font faire un peu n’importe quoi.

Tu partage le micro avec Bénabar et Clio. Les duos sont assez rares chez toi, comment est venue cette idée ?

Désolé pour les fantômes a été écrite dès le départ comme étant un duo.
J’ai presque immédiatement pensé à Clio parce qu’elle compose des chansons très sensibles, dans lesquelles je me retrouve. De plus, j’adore sa voix et ses thèmes, abordent la notion de rapports amoureux, elle était donc toute désignée pour ce titre.

Pour Bénabar, j’ai un peu tenté ma chance, parce qu’en écrivant la chanson, j’ai trouvé qu’elle lui irait bien. Je lui ai alors envoyé un petit message en ne sachant pas du tout à quoi m’attendre. Ce à quoi il a répondu: Oui, bien sûr, ou un truc comme ça, en tout cas, ça semblait très évidant pour lui. 
C’est un super cadeau de sa part, je suis très heureux de l’avoir avec moi sur cet album, parce que c’est quelqu’un que j’admire beaucoup. De plus, la journée passée avec lui en studio est un excellent souvenir. Nous nous sommes bien marrés, c’était vraiment super ! 

Es-tu vraiment incollable sur les dates de décès des gens célèbres ou est-ce juste une blague ?

Alors, incollable, non, mais j’en connais pas mal. 
À force de rigoler avec ça, plusieurs gens m’ont dit que je devrais en faire une chanson, c’est donc ce que j’ai fait.

Désolé pour les fantômes, tout comme En tachycardie, a été financé grâce au crowdfunding. Pourquoi ce choix ?

Tout simplement parce que c’est le seul choix que j’avais pour continuer à faire mon métier, c’est-à-dire d’écrire des chansons et de les sortir. C’est vrai que j’ai fait deux albums en maison de disque avant cela, mais ça c’était avant… C’était avant plein de choses, lorsque j’avait encore le droit de faire plusieurs albums.
Mais à leurs yeux, ce n’était pas le succès escompté, alors sans maison de disque, un album reste cher à produire. C’est pourquoi j’ai fait appel au public pour trouver le financement. Parce qu’eux se foutent que je sois en maison de disque ou pas. Ils veulent simplement m’écouter, même s’ils doivent m’aider pour cela. Mon public a d’ailleurs répondu présent au-delà de mes espérances. Ça a été une énorme surprise pour moi, je ne m’attendais pas à autant de participations. C’est une grande fierté pour moi, je fais maintenant des disques directement du producteur au consommateur. 
C’est une autre aventure, mon métier d’artisan pour écrire des chansons n’a pas changé, mais j’ai dû apprendre celui de producteur. C’est donc plus compliqué, c’est plus de travail, mais je suis très content du résultat. Encore merci à mon public pour ce soutien infaillible.

Douze ans sans te voir est la suite de Beau Padré. Avec ce morceau, nous touchons à l’intime. Est-ce plus compliqué pour toi, ou au contraire plus simple, de coucher sur le papier ton vécu ?

Non, j’aime bien les confidences, les écrivains qui parlent d’eux. J’aime lorsque l’on ne sait pas trop où s’arrête l’autobiographique et où commence le romanesque. C’est quelque chose qui me plaît particulièrement dans toutes les formes d’art. 
Je me dis souvent que si une chanson est personnelle, c’est là qu’elle touche les gens. Parce que l’on vit tous des histoires similaires. Les sentiments humains sont les mêmes. Je parle de donc de mon vécu pour débuter une chanson, mais au final je ne livre rien de si intime que ça, cela me sert juste de point de départ. De plus, j’en ai besoin, la chanson reste avant tout un mode d’expression pour parler de soi, même si j’essaie d’aborder beaucoup plus de thèmes.  

Tu as la vie dont tu rêvais enfant, un public fidèle, rencontré certains de tes idoles et tu as même acheté un hydravion. Te reste-t-il encore des choses à accomplir pour combler les espoirs du petit Benito ?

C’est vrai que je suis heureux d’avoir pu faire ce métier et puis surtout que cela dure. C’est ce que je voulais faire lorsque j’étais petit, avoir un métier en rapport avec l’écriture. 
En ce qui concerne les choses à accomplir, j’ai toujours envie d’écrire des chansons et je n’ai nullement envie que cela s’arrête. 
Ensuite, j’ai bien évidemment envie que du public vienne me voir sur scène. De plus, si j’ai effectivement rencontré beaucoup de mes idoles, il en reste encore bon nombre que j’admire et que j’aimerais donc rencontrer. 

Quels sont tes projets ?

Je vais faire le premier concert de la tournée demain (04 mars 2022) à Metz. C’est ma ville d’origine, j’en suis donc très content. Mon projet à plus ou moins longs termes est donc de présenter les chansons de Désolé pour les fantômes sur scène.

Quelle question ne t’a-t-on jamais posée , mais à laquelle tu aimerais répondre ?

Peux-tu ramasser des objets avec tes pieds ?

La réponse est oui.

Encore merci Benoît pour ta gentillesse.

Propose recueillis, le  03 mars 2022 et retranscrits d’après un fichier audio. 
N’hésitez pas à soutenir Benoît Dorémus en achetant ses albums et en vous inscrivant à sa page Facebook ici.

Crédits photo: Mathieu Dété

Commentaire ici