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Interview de Franck Pech à propos de son livre audio « Cendrar »

Bonjour Franck,
Tout d’abord, Comment est né « Cendrar » ?

Le projet est né de la rencontre de Fred (NDR: Fred Matayer) et moi. Je suivais son travail depuis pas mal d’années et à la sortie d’un de mes concerts, Fred m’a proposé d’essayer des choses autour de mes textes. Ça a donné « 1 week-end sur 2« , chanson écrite à partir d’une photo noir et blanc vue dans un musée. Une mère célibataire assise au coin d’un lit, le regard dans le vide et sa fille qui saute de joie dessus. Ce contraste nous a semblé exprimer ce que nous ressentions de notre époque. Une sorte de salle d’attente de fin d’un monde, où tout le monde continue de feuilleter son magazine et donc d’ingurgiter de la publicité. La chanson a été repérée par FIP (NDR: La FIP est une branche de Radio-France), ce qui a encouragé la suite de l’aventure.

D’ailleurs, d’où vient le nom du projet ?

Cendrar fait référence au pseudonyme du poète Blaise Cendrars qui signifie braise et cendre, évocation de sa (Re)naissance comme poète après avoir perdu sa main à la guerre. L’idée de renaître de nos cendres nous a paru synthétiser ce que nous voulions dire. 

Comment est venue l’idée d’un livre audio et donc de cette collaboration entre Fred Matayer, André Palais et toi ?

C’est Fany (NDR: Fany Souville, éditrice chez Lamao Éditions) qui nous a proposé à Fred et à moi de réaliser un livre-disque et pour illustrer par l’image nos propos nous nous sommes rapprochés d’André. Un artiste que je connaissais de longue date et dont les peintures expriment également des moments de suspension ainsi que des accidents et des paysages d’un monde spécifique.

Ta prose est assez particulière puisque tu y mélanges histoires banales, voire sordides, à une bonne dose de poésie. D’où te vient l’inspiration ? Tes personnages semblent vivre dans une sorte de léthargie avant d’être éveillés par une conscience collective de leur abrutissement. Penses-tu que ceci est le reflet de notre société ? 

Dans l’écriture des chansons, j’ai eu envie de mettre en perspective des gens ordinaires, de ceux qui ont la mauvaise place face au néo-libéralisme, pour le dire rapidement. 
Cela a nourri la contrainte de « mettre en poésie » des objets quotidiens et évocateurs de notre (sur)consommation qui cristallise notre société.

« Une ampoule 40 Watts abat la nuit de ton loyer modéré, dessine une alvéole sur un tapis persan qu’a jamais volé« 

En avançant dans le projet, nous sommes passés du traitement par la petite histoire (mère célibataire, vendeur de burgers…) à des vues plus générales et dystopiques comme dans « Mes prochains« . Par ailleurs, et c’est peut-être là où l’on trouve un peu de lumière, nous évoquons dans les poèmes et les chansons une sorte d’énergie résistante, un élan à renverser la table, à s’autoriser enfin quelques utopies (« Paupières bateaux« , « Les druides« ) qui seraient tapies dans l’ombre de nos cœurs  solitaires, dans nos nuits.

Quels sont les artistes qui t’inspirent ?

Mes inspirations, en termes de poésie, pour les plus connus, je citerai Gaston Miron, René Char, Michaux, Fernando Pessoa et Blaise Cendrars. Concernant une partie des poèmes et des chansons, je me suis appuyé sur l’un des recueils d’un jeune poète québécois rencontré au marché de la poésie de Paris il y a quelques années de cela et qui s’appelle François Guerette. Le titre de cet ouvrage est « Pleurer ne sauvera pas les étoiles« .

Merci Franck.
Et pour ceux qui auraient raté notre critique du livre-audio « Cendrar » , la séance de rattrapage est ici.

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